analyse stylistique

Excellente surprise que nous réservait Nanni Moretti. Cette fois-ci, il revient en force avec une fiction dramatique se démarquant de ses deux films précédents qui se situaient quelque part entre l’autobiographie et la comédie satyrique socio-politique. Il s’agit là du meilleur film de Moretti pas étonnant qu’il ait remporté la Palme d’or à Cannes cette année.

Malgré les apparences, La Chambre du fils ne sombre pas dans le mélodrame bien que le film soit centré sur un thème qui aurait pu l'y entraîner, celui du deuil. Giovanni et Paola, parents d’Irene et d’Andrea, vivent paisiblement, tellement que ça en vient dérangeant, jusqu’au jour où Andrea meurt dans un accident de plongée. Le père, rôle incarné par Moretti lui-même, cherche à comprendre la mort de son fils tout en se culpabilisant. La mère aura plus de difficulté à s’en sortir puisqu’elle s’accroche à des souvenirs. Et Irene, essaiera de garder sa place dans cette famille désunie. Chacun cherche à se soulager du deuil et fuir la réalité.

La première partie du film est une mise en situation de leur bonheur familial, le père psychanalyste, la mère éditrice, les enfants sportifs, beau logement,… La mort d’Andrea vient perturber ce bonheur qu’il sera difficile de retrouver, chacun essaiera de survivre à cette peine douloureuse. Mais le spectateur ne sera pas laissé à observer péniblement ces scènes déchirantes - avec un montage efficace, Moretti fait rapidement passer les moments les plus pénibles. La caméra n’est pas là en tant que voyeur, mais sert plutôt à faire partager ces émotions vives aux spectateurs qui auront eux aussi à vivre la perte d’un être cher un jour ou l’autre. Le film se termine sur une musique d’espoir, la famille, du moins ce qu’il en reste, se retrouve sur une plage, chacun marche dans une direction opposée en réfléchissant à la vie qui les attend, ils doivent maintenant continuer de vivre au lieu de chercher le temps passé.

Sans aucun doute, Moretti touche le public. La justesse des comédiens accentue le réalisme de ce drame déchirant. La Chambre du fils mérite grandement cette Palme d’or, que ce soit pour le film ou pour l’œuvre entière du cinéaste. Encore une fois, ce film n’est pas une comédie légère, mais on y pénètre aisément, ne pouvant s'empêcher de se laisser entraîner dans cette leçon d’humanité.